Lettre ouverte de la Maman de Léo

17 fév

Il m’apparaît important aujourd’hui de m’exprimer, comme je le peux, comme on me le conseille souvent, face à l’incompréhension, au jugement, à la maladresse qui fait mal, aux remarques peu nombreuses mais désobligeantes, à la mauvaise interprétation. Chacun à sa propre vie, ses propres drames, ses propres deuils, sa propre histoire alors il est important de me réapproprier la mienne aux yeux de tous. Je savais qu’être exposés entraînerait ce genre de situations, je les accueille également mais à présent j’ai aussi appris à y répondre.

Tout d’abord, notre histoire à nous, concerne la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN), c’est-à-dire « le décès brutal d’un enfant de moins de deux ans semblant jusqu’au drame bien portant, survenant le plus souvent pendant le sommeil ». La MIN comprend les décès explicables, les morts accidentelles, qui auraient pu être évitées, et les morts subites du nourrisson, non expliquées. Cette dernière catégorie représente environ 20% des cas. (*) Dans le nôtre, il s’agit donc d’une mort accidentelle car malheureusement largement expliquée et donc évitable. Tout nous a clairement été expliqué par les policiers, par le SAMU pédiatrique, par le médecin légiste, par les médecins du service de néonatalogie, par les résultats de l’autopsie mais aussi par les professionnels du domaine alors cela me paraît difficile pour d’autres personnes, non spécialistes et non concernées, d’être mieux renseignées que nous.  

Il m’apparaît de plus en plus dur de rester passive quand on essaie de commenter mon histoire comme on commente un mauvais télé-crochet. « C’est difficile, mais cela arrive ». J’imagine que je dois me sentir soulagée alors. Si cela arrive, j’imagine que je devrais avoir moins mal ? Cela arrive, mais cela arrive beaucoup trop et cela restera une douleur incommensurable à chaque fois. Si l’on pense mieux gérer ce deuil impossible que moi, que nous, je peux le prêter, ne serait-ce qu’une journée. Pas sûr que j’entende les mêmes propos en le récupérant le soir (oui, parce que je le récupère, c’est mon deuil, ma vie, mon Fils). Cela arrive mais cela arrive nettement moins depuis que l’on connaît et que l’on prend en compte les facteurs favorisants la MIN et que l’on applique les recommandations de l’Observatoire National de la Mort Inattendue du Nourrisson (OMIN), de tout le corps médical pédiatrique et de tous départements de la Petite Enfance. Le nombre de cas a d’ailleurs diminué de 75% depuis les années 90 et les premières campagnes de prévention notamment avec les préconisations en termes de couchage sur le dos. (**) Me dire que cela arrive ne me rend pas moins triste et pire, minimise ce drame atroce auquel nous faisons face depuis mars 2018. Charles et moi n’avons pas attrapé la grippe, d’ailleurs le deuil d’un enfant n’est pas contagieux, nous n’avons pas perdu notre téléphone. Nous avons perdu notre Fils. Notre Fils est décédé.

Concernant l’assistante maternelle qui était en charge de la garde et de la sécurité de Léo, je pense qu’on ne connaît pas notre histoire puisque souvent beaucoup ne prennent même pas la peine de la lire. Nous n’avons jamais demandé à qui que ce soit de nous comprendre mais j’estime que si on commente, si on émet un avis (comment avoir un avis sur le décès d’un Bébé de quatre mois et demi ?), le minimum, c’est de se renseigner au préalable. J’ai longtemps prié, littéralement prié, moi qui suis athée et qui ne peux croire en un Dieu qui laisserait des enfants arrachés à leurs parents, pour n’en vouloir à personne. Jamais nous n’avons été en quête désespérée d’un ou plusieurs coupables. Il m’était inconcevable d’imaginer trouver de l’énergie pour me battre contre quelqu’un car mon énergie était déjà accaparée par le choc et par le deuil. Je me répétais en boucle qu’il fallait que Léo se soit endormi profondément, pour toujours, tout seul, sans explications, sans aucune cause extérieure. Aussi sordide que cela puisse paraître, à ce moment-là, j’idéalisais mon deuil car en vouloir à une personne, c’était aussi s’en vouloir à nous. Et c’était trop. Car oui, nous avons choisi cette assistante maternelle, oui par moment la culpabilité est là mais nous l’avons choisie car pour nous cela est du bon sens qu’une personne agrée par le Conseil Départemental, en l’occurrence par une PMI, soit de toute confiance.

Le coupable présumé a été désigné tout seul, par les faits, par les constatations car Charles et moi ne sommes ni Procureur de la République, ni policiers, ni avocats. Seulement des parents en quête de réponses et de reconnaissances de responsabilités. L’assistante maternelle, en charge de Léo, avec qui nous avions un contrat qui lui donnait justement des responsabilités, a commis des négligences qui se sont avérées présumées mortelles pour notre Fils. Il s’agit de la réalité, c’est factuel et cela a entraîné sa mise en examen pour homicide involontaire. « Elle a quand même le droit de prendre une pause ». Pas si cela met en péril la sécurité et le bien-être de mon Enfant. Encore une fois, je ne lui ai pas confié une plante mais mon Enfant, ma chair, mon sang, ma vie, mon avenir. Une pause peut largement être prise une fois que les enfants sont en sécurité et surveillés. Je crois ne pas me tromper en disant que c’est le principe même de ce beau métier. Sécuriser et surveiller, peu importe à quelle heure est la pause déjeuner.

Un homicide involontaire est « Le fait de causer, par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement, la mort d’autrui ». (***). Je crois que la définition suffit à elle-même.

Je me suis longtemps dit que je n’avais pas à m’expliquer. Charles et moi vivons le pire, nous sommes obligés de construire un avenir sans la présence physique de notre Petit Garçon, pour moi ce n’est pas un sujet à débat. Ce n’est pas un sujet sur lequel je devrais avoir à me justifier. Mais il faut de tout pour faire un monde et il faut de tout aussi, j’imagine, pour faire un deuil. Quelque part, grâce à cette réflexion, j’avance encore et toujours. Je réalise que le dossier à charge est malheureusement très lourd mais qu’en aucun cas, à aucun moment, notre rôle de parents est remis en question. Je n’irais pas jusqu’à me réjouir de ces médisances et de ces commérages mais encore une fois je parviens à les transformer en force.

Julie, la seule et unique Maman de Léo.

 

(*) « La revue du praticien, médecine générale », tome 28, n°921, mai 2014, interview du Docteur Elisabeth Briand-Huchet.

(**) Rapport de l’Association Naître et Vivre à la suite du Congrès de l’ANPDE 2019 (Association Nationale des Puéricultrices-teurs Diplômé(e)s et des Etudiants.

(***) Définition pénale.

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Crédit photo @Damien Artero.

Crédit photo @Damien Artero.

6 Réponses à “Lettre ouverte de la Maman de Léo”

  1. Stef 17 février 2019 à 23:09 #

    Bonsoir
    Je viens de lire votre lettre et je me dis que oui ca fais mal oui cest difficile de faire son deuil mais peux t’on le faire réellement quand on n’a connu notre enfant
    Ce n’est peux pas comparable mais jai 38 ans et un grand de 20 ans qui ai autiste et je peux vous assurer que je dois faire aussi le deuil de mon enfant que jaurais tant voulu qu’il soit
    Un truc bete mais 20 ans cest lage des copains des copines les sorties en boite et etre insomniaque car mon enfant ne srrai tjrs pas rentre a 3heures du mat
    Je sais ce que vous vivez…..je pense que c’est a peux pres la meme douleurs ou malheureusement nous ne pouvons pas changer ce qu’il sait passer
    Je vous souhaite vraiment beaucoup de paix de courage…..
    Bises a voys ainsi qu’à votre mari
    Bisous volant a ptit ange damour ❤LÉO❤

    • letoileleo 19 février 2019 à 11:16 #

      Bonjour Stef, je vous remercie pour votre message et votre soutien. Effectivement, aucune douleur de la vie et aucun malheur de la vie n’est comparable. Je suis désolée d’apprendre que votre fils est autiste. Cela doit être une douloureuse épreuve au quotidien. Je pense que nous vivons deux histoires différentes avec pour point commun l’amour pour notre enfant, notre fils, qu’il soit près de nous ou dans les étoiles. Affectueusement, Julie et ses deux hommes.

  2. Mahauden 17 février 2019 à 23:56 #

    Bonsoir,
    Comme les blessures infligées par les mots des autres peuvent être douloureuses… Dès personnes très proches de moi ont perdu leurs bébés et j’ai toujours entendu des gens minimiser ce qu’elles avaient vécu, des mots si violents dans ce qu’ils impliquant mais dits avec l’assurance calme de celui qui se veut plein de bon sens… Ces personnes là n’ont jamais peur de prendre la parole, contrairement à tout ceux qui ont peur de blesser même en essayant de réconforter… La plupart des pères et mères qui vous lisent, sans pouvoir vous comprendre, ont le sentiment instinctif de votre douleur et vous soutiennent. Toutes mes pensées pour vous et votre petit Léo…

    • letoileleo 19 février 2019 à 11:19 #

      Bonjour Mahauden, merci beaucoup pour ce gentil message réconfortant de soutien. Je vous embrasse.

  3. Sandrine 21 mars 2019 à 18:55 #

    Bonjour Julie,

    Désolée que les gens ne comprennent pas et minimisent le drame que vous avez vécu. Comme je dis perdre un enfant devait être interdit tellement que ça fait mal. Ces gens ne risquent pas de comprendre mais que chacun de parent se mette pendant une seconde à votre place et comprendront que votre combat devrait être le combat de chacun de parents. Pour que ça n’arrive plus. La négligence ta chair et je trouve certains commentaires tellement déplacés que je manque de mots. Courage à vous.

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