L’apprentissage

10 juin

Ces derniers temps, je découvre et j’apprends à vivre avec la particularité que possède mon rôle de Maman d’une Etoile, d’un enfant parti bien trop tôt, puisque ses parents en ont, malgré eux, été témoins. Contrairement à la parentalité que l’on découvre, pas à pas, dès l’accouchement ou même pendant la grossesse, le deuil d’un bébé est impossible à anticiper, à penser, à prévoir. Quelle horreur cela serait de s’y préparer, d’y réfléchir ne serait-ce qu’une seconde. Pourtant, une fois qu’il entre dans notre vie, il faut l’apprivoiser. Instantanément. Immédiatement. Je me souviens exactement du moment où j’ai réalisé que je pouvais peut-être, un jour, éventuellement, progressivement, envisager l’idée d’apprendre à vivre avec. C’était quelques jours après le décès de Léo. Ma famille se relayait pour nous amener à l’hôpital, à la morgue ou au commissariat. Parfois ces trois destinations dans une même journée. Je me réveillais en me demandant comment nous allions survivre encore une journée de plus. Et puis un matin, cela m’a frappé, ce qui allait nous porter, à jamais, serait ce lien avec Léo, nos liens à tous les trois et à la famille que nous formons et qui s’agrandirait forcément un jour. Cette sensation m’a un peu apaisée, tant psychiquement que physiquement et cela est devenu le fil conducteur du reste de notre vie. De la vie après la mort.

Nous sommes une famille, presque comme les autres. Je suis une Maman presque comme les autres.

Je suis fière de tenir ce rôle depuis le 13 novembre 2017 et fière de tout le chemin parcouru depuis le 26 mars 2018. J’apprends à dire à des proches ou même à des inconnus que Léo est décédé, je ne dis plus envolé ou parti, je dis bien décédé. J’apprends à prononcer la réalité. Souvent avec les larmes qui coulent mais toujours émue. J’apprends à gérer les situations du quotidien. Je croise un petit garçon dans les bras de son papa, qui me fait penser à Léo ou qui lui ressemblerait quelques mois ou années plus tard, les premières secondes mon souffle se coupe, les larmes montent et des envies noires me viennent en tête puis je reprends mes esprits, petit à petit, doucement mais sûrement et je souris à ce petit enfant. Je suis heureuse à l’idée de me rendre au Petit Jardin, une montgolfière à la main, je souris en regardant les nuages, je danse au son d’une musique qui me fait penser à mon Fils, une nouvelle chanson, une qui date d’après sa mort, je suis heureuse de pouvoir prendre part à des discussions concernant les bébés, je me balade sous le soleil en lui chuchotant des petits mots doux, je montre fièrement à mon amoureux tous les messages que nous recevons et l’avancée de mes écrits pour raconter notre histoire. J’apprends à savourer cette vie où nous faisons vivre Léo.

Les périodes où le manque atteint le vide, où un train pourrait nous passer dessus, qu’on ne sentirait rien, ces périodes de néant total qui peuvent durer des minutes comme des heures comme des jours, s’alternent avec des périodes plus joyeuses et plus longues aussi. Plus colorées. Et ces périodes prennent le dessus, enfin. Il suffisait d’aller mieux pour voir le néant arriver de loin mais maintenant il suffit de côtoyer le néant pour aller mieux. Quand on touche terre, on ne peut que remonter.

D’un côté je suis une Maman endeuillée qui connaît le pire et exerce son rôle depuis la terre, le regard tourné vers le ciel. De l’autre, je suis une Maman d’un Astronaute qui accomplit de belles missions au quotidien. Leur point commun : vivre sans leur enfant. Leurs différences : le réel et l’imaginaire.

Je suis alors en plein apprentissage, celui du pire, celui de l’absence. J’avance, de manière incomplète, mais j’avance quand-même. Chaque jour, chaque heure. J’apprends à vivre comme une Maman presque comme les autres. Une particularité que j’assume, que je porte, que je ne cache plus, que j’explique volontiers. Une particularité que je veux vivre en pleine conscience, sans aide, sans rien qui puisse altérer mon jugement ou dissimuler ma douleur. Une particularité que je ressens au plus profond de mes tripes, qui engendre des symptômes physiques liés à l’hyper attachement qui dépasse l’atmosphère terrestre et l’infini temps. L’apprentissage de ma nouvelle vie est ce doux mélange d’ingrédients vrais et rêvés, indispensable pour mettre un pas devant l’autre.

Pour toutes les Mamans et tous les Papas du monde, pour toutes les spécificités que notre rôle comporte, pour tous nos enfants.

Article L'Apprentissage

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4 Réponses à “L’apprentissage”

  1. Maryse Dumoulin 10 juin 2019 à 18:31 #

    J’aime ce texte… Léger et si puissant

  2. Sakina 10 juin 2019 à 20:05 #

    Douce Julie,
    Tes textes sont toujours aussi bien écrits. Quel difficile mais néanmoins nécessaire apprentissage de la vie sans Léo, pour pouvoir survivre puis vivre.
    Je ne peux que vous souhaitet que l’apaisement soit un jour total, pour toi et ta famille.
    Je serais ravie de lire ton livre lorsqu’il sera édité.
    Mille baisers volants en direction des étoiles, puissent-ils atteindre Léo et ma petite Luna.
    Amicalement,
    Sakina (Mamandouce2.0)

    • L'Etoile Léo 11 juin 2019 à 11:18 #

      Merci tout plein Sakina, merci pour ta fidélité et tes mots réconfortants.

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