La lecture

23 avr

« Tu me promets que tout va bien se passer pour notre bébé ?! ».

37 semaines et 2 jours, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour enfin oser poser la question à Charles. Elle fut autant libératrice que la réponse. Bien évidemment que tout va bien se passer pour notre bébé, notre deuxième petit garçon qui devrait arriver dans notre monde d’ici peu. La foudre ne peut pas – ne doit pas, en aucun cas – frapper deux fois au même endroit. Je n’y crois absolument pas. Je me refuse catégoriquement à l’idée. Dans un premier temps, car d’un point de vu scientifique le taux de récidive de la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN) dans une même fratrie est quasiment nul et dans un second temps, car je me raccroche aux probabilités, moi qui ai fait un baccalauréat littéraire, à celles de la vie : plus jamais de drame pour notre famille.

Néanmoins, plus le terme se dessine devant nous, plus je me rapproche de cette interrogation qui est propre à notre histoire : vais-je devoir attendre la date fatidique et psychologique des quatre mois et demi de mon second bébé pour être totalement rassurée ? C’est irrationnel, je le sais, mais j’y pense. Forcément. Comme tous parents endeuillés, nous avons un cap clé à franchir.

La grossesse d’après. Le bébé d’après.

Nous sommes plusieurs mamans à en parler en ce moment. Je pense à la maman de Victor, à la maman de Louis et à tant d’autres. C’est un sujet que j’ai parfois minimisé, je l’avoue. Mais comment savoir sans le vivre ? Depuis quelques jours, je côtoie de nouveau ce foutu sentiment de culpabilité qui se mêle à celui d’angoisse. La grossesse d’après les amplifie alors qu’ils sont déjà bien présents et ressentis quand on a perdu un enfant. Est-ce que je suis et serai une bonne maman autant pour Léo que pour son futur petit frère ? Est-ce que je vais être plus protectrice avec lui, ce qui sous-entendrait que je ne l’étais pas assez avec Léo ? Est-ce que je vais réussir à ne pas être parasitée par les sources internes et externes d’angoisse pour rester sur notre état d’esprit qui est majoritairement serein et positif ?

Ce raisonnement, j’ai déjà pu l’avoir avant la naissance de Léo et je souhaite de tout mon cœur rester la même maman pour mes deux enfants. Mais je préfère avertir : il ne faudra pas nous en vouloir si certains sujets nous tracassent plus que d’autres, si nous devenons froidement hermétiques à tous conseils que nous n’avons pas demandés, si certaines périodes sont plus compliquées que d’autres et parfois sans raison particulière, et si nous n’osons pas présenter tout de suite notre bébé dans un contexte sanitaire aussi anxiogène. Car Charles et moi ne savons absolument pas comment nous allons vivre cette naissance et ce mélange d’émotions que cela va nous procurer. Cela va faire presque neuf mois qu’on a franchi chaque étape, comme toujours main dans la main, et entourés comme il se doit, mais après ?

Car après la grossesse, après la naissance, il y a la vie. La vie à trois, enfin non, la vie à cinq. Il faudra continuer de laisser la place de chacun dans notre famille mais également dans notre drame qui en fait partie, aussi. Nous allons continuer d’expliquer à petit frère où est grand frère et à intégrer chacun dans la vie de l’autre, de la plus belle et douce des manières qu’il soit pour nous, parents, mais également pour cet enfant qui se créera son univers avec son Léo. Il faudra aussi apprivoiser cette nouvelle vie où même avec tout le bonheur du monde, nous serons toujours confrontés aux larmes de la perte de notre aîné, aux traumatismes que cela a causé, au manque insoutenable et aux vagues d’émotions qui vont et viennent.

Alors hier, comme une symbolique transition mais surtout comme un semblant de barrage à tous ces sentiments qui peuvent me miner, j’ai commencé à lire le livre de Léo à mon gros ventre. Je n’ai réussi, pour l’instant, qu’à lire quelques pages, la voix tremblante et une main agrippée à mon fils comme pour déjà le consoler de ce que je m’apprêtais à lui dire. Mais aussi dur que cela puisse être de lire nos maux à voix haute, de toutes les solutions que j’ai entrepris pour commencer à parler de Léo à son petit frère, celle-ci me semble la plus appropriée et la plus apaisante. Le compte à rebours avant cette prochaine rencontre ne se compte plus en semaines ni en jours mais en pages.

Finalement, je souris à l’idée que la première lecture que j’aurais faite à mon cadet sera l’histoire de Léo.

23042020 - Photo article La lecture

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6 Réponses à “La lecture”

  1. Mamours 24 avril 2020 à 15:49 #

    La Maman et la Mamours que je suis ne peut lire sans émotions et sans serrement de cœur ce texte si beau et si doux qui parle de deux de ses petits -fils …l’un est à jamais parti sur son étoile mais brille chaque jour dans nos âmes et nous aide à avancer derrière son sillage de lumière et l’autre nous apporte la promesse d’un autre bonheur aux couleurs éclatantes et l’impatience fougueuse d’une rencontre toute proche…les deux sont frères pour toujours et ils auront ce lien invisible mais invincible qui les rendra plus forts : l’un pour vivre au-delà de la mort et l’autre pour accueillir les rebonds de la vie….je les aime tendrement tous les deux et j’ai confiance en eux et en la Vie…et en leurs parents qui ont toujours su comment, malgré l’indicible, affronter leur destin main dans la main…

    • L'Etoile Léo 24 avril 2020 à 19:04 #

      Merci ma maman pour ce texte si touchant, si beau et si émouvant. Tu sais toujours trouver les mots et je t’en remercie à l’infini.

  2. Mamange de Mini Loup 24 avril 2020 à 20:16 #

    Toutes tes questions sont bien légitimes. Alors même que nous sommes loin d’envisager une nouvelle grossesse, je me les pose. Forcément qu’il va y avoir des moments de relative sérénité et des moments d’angoisse difficile à maîtriser. Moi aussi, je m’accroche à l’idée que la foudre ne peut pas tomber deux fois au même endroit, que les récidives de MIN dans les fratries sont très rares, etc. Mais la marque de Léo, du bonheur, de la perte, du traumatisme, tout restera, en groupe, le bon comme le moins bon.
    Quant à ton attitude avec ce petit arc-en-ciel, je ne peux témoigner que de la mienne avec la grande soeur de Mini Loup (qui a 3 ans): je l’aime plus intensément, sans la couver davantage. Oui, je suis plus sur le qui-vive, plus angoissée, mais le drame est récent encore. Cependant, un enfant n’est pas l’autre, là encore pour le meilleur et pour le pire. Elle ne remplace pas son frère, tout comme ton second fils ne remplacera pas son aîné, mais également, elle ne porte pas le fardeau de mes traumatismes. Je trouve ça très beau et fort, symboliquement, que tu relises tes belles lignes à ce petit frère en devenir. C’est primordial pour vous, pour Léo et pour son petit frère. Belle fin de grossesse à toi.

    • L'Etoile Léo 28 avril 2020 à 10:50 #

      Merci beaucoup pour ces mots qui me parlent et qui me confortent dans la belle suite qui nous attend.

  3. Célia 25 avril 2020 à 17:56 #

    Quel article touchant ma douce Julie… Lire l’histoire de son grand frère à petit Croco.
    Tu es une merveilleuse maman pour Léo et tu es une merveilleuse maman pour petit Croco, c’est la seule chose dont je suis sûre !
    Tu es un exemple d’amour pour moi et une maman exceptionnelle que je suis fière de connaître, même si ce n’est que virtuellement (pour le moment!).
    Courage pour cette dernière ligne droite et plein de bisous étoilés <3

    • L'Etoile Léo 28 avril 2020 à 10:52 #

      Merci infiniment ma Célia. J’ai tellement hâte de te rencontrer tu sais :) Je t’embrasse merveilleuse maman et copine que tu es !

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