La grossesse d’après

28 avr

Cela fait plusieurs articles où j’évoque la grossesse d’après sans vraiment entrer dans le coeur du sujet. Après échanges avec de nombreuses mamans, elles m’ont alors demandé de m’exprimer sur mon ressenti et sur mon vécu.

Si je devais résumer mon ressenti en une phrase, je dirais que je perçois cette grossesse comme un petit miracle qui prouve que la vie fait ce qu’elle veut et sur ce coup-là on se réconcilie un peu avec elle. Léo est issu d’une PMA et son petit frère est arrivé spontanément. Un double miracle si je puis dire : cette nouvelle vie arrive, comme par magie, après la mort.

Quant à mon vécu, il me faudrait plus d’une ligne pour en parler. Tout d’abord parce qu’il y a tant de choses à dire sur une grossesse de manière générale et peut-être encore plus sur la grossesse d’après.

Il s’agit de la grossesse qui survient après la perte d’un enfant. La grossesse qui est vécue en même temps que le deuil périnatal, le deuil d’un bébé. On aime l’appeler : la grossesse arc-en-ciel. Je dois avouer que je n’utilise ce terme que pour sa partie colorée qui signifie à mes yeux, un autre bonheur, une autre lumière, mais je ne souhaite pas assimiler Léo à la pluie ou à la tempête qu’il y a avant l’arc-en-ciel. Léo a toujours et remplira toujours notre vie de toutes les plus belles couleurs qu’il puisse exister. A eux deux, nos enfants forment la magnifique palette de notre vie (Article Les Couleurs).

Le premier cap de ma seconde grossesse fut d’intégrer la nouvelle. Cela faisait des mois que nous attendions ce bébé avant même qu’il existe. Tout comme son grand-frère, il était déjà aimé. Je jalousais les femmes enceintes et les jeunes parents mais leur bonheur contagieux me donnait tant d’espoir. Une fois que le test a affiché une seconde barre, je suis restée un long moment à ne pas y croire, Charles non plus et c’est le regard fixé sur l’un des murs de notre chambre que j’ai passé la moitié de la nuit. Oui ce moment-là on l’attendait mais le vivre c’est autre chose. Comme tout. Comme toujours. J’étais heureuse mais déjà la culpabilité me gagnait. Je ne me sentais pas légitime. Quand on est parent endeuillé, cela peut nous arriver de passer par des phases où nous avons l’impression de ne pas « mériter » un autre bébé ou peut-être que nous voudrions nous punir de ne pas avoir su garder son enfant en vie. S’il arrivait quoi que ce soit pendant cette grossesse ou après, je ne pourrai me retirer de la tête que je ne suis pas faite pour être maman. Fort heureusement, ces sentiments sont très rares et ne durent jamais bien longtemps. Ils traversent mes pensées et je les chasse vite : on est des putains de parents !

Et la suite ?

Cette petite graine était bien installée. J’avais l’impression d’être au début d’un parcours presque sans fin malgré sa durée prévisible de neuf mois environ. Je me suis immédiatement plongée dans un état presque second : chaque jour serait une victoire. Je n’ai pas perdu mon Léo lors d’une grossesse alors je ne savais pas très bien à quelle victoire je faisais référence mais je me suis lancée dans ce magnifique inconnu de manière paradoxale : à la fois résignée et à la fois optimiste.

Le premier trimestre (voir un peu plus) fut vraiment compliqué et j’ose enfin le dire. Il m’était impossible de ne pas m’en vouloir d’être enceinte vis-à-vis de Léo et de ne pas m’en vouloir de « trop » penser à lui par rapport à son petit frère. Certains jours, il m’arrivait de comptabiliser les périodes où chacun prenait plus de place dans mon esprit. Je n’arrivais pas à apprivoiser ma grossesse moi qui arrivais à apprivoiser mon deuil. C’était un comble ! J’appréhendais même certaines annonces car je savais que, quelque part, on attendrait de moi de n’être qu’heureuse et que souriante or c’était loin d’être toujours le cas. J’avais énormément de désagréments liés au premier trimestre et certains jours ils me plongeaient dans une profonde noirceur. J’étais dégoutée de tout, d’absolument tout. Pendant cette période, l’accompagnement psychologique m’a été d’une grande aide. Plus je voyais ma psychologue, plus le temps avançait, plus les symptômes désagréables disparaissaient et plus je réalisais que j’étais finalement une maman comme les autres. J’étais en train de faire de la place pour mon cadet.

Une fois confortablement installée dans le second trimestre, je me sentais invincible. Mon ocytocine, l’hormone de l’amour et du bonheur, était si présente que je pouvais la ressentir dans chaque molécule de mon corps. La seconde échographie passée, la grossesse devenait concrète et je pouvais enfin la vivre pleinement. J’étais si heureuse d’attendre un petit garçon alors que nombreuses personnes espéraient nous voir avoir une fille pour que cela soit moins dur et éviter de faire un transfert. Sauf que moi, j’ai toujours adoré être entourée de garçons ayant grandi avec deux frères et sept tontons. Et puis, je peux vous assurer que nos enfants sont bien distincts dans notre cœur et notre esprit : jamais un transfert ne sera possible. Un petit astronaute et un petit croco, comment peut-on les confondre ?

Le troisième trimestre s’achève bientôt avec le même état d’esprit et avec aussi de lourdes douleurs physiques qui me donneraient presqu’envie d’avancer, légèrement, le temps (avec une pointe de…culpabilité…). Mais comme je réponds souvent, le bonheur de cette future rencontre prend largement le dessus sur mon état plutôt handicapant. C’est bien connu, les mamans, et les papas, peuvent tout endurer pour leurs enfants.

A trois semaines de mon terme, j’ai parfois quelques angoisses, légitimes et inévitables, par rapport à la suite. Je m’interroge sur la possible ressemblance entre les deux frères, sur ce moment tant attendu mais aussi, quelque part, tant redouté, de la rencontre entre ce petit-être, nous, parents et cette cascade d’émotions, sur l’angoisse liée au sommeil et la sécurité, sur l’envie profonde mais irrationnelle de garder ce bébé dans mes bras jusqu’à ses 18 ans.

Et la suite ?

Je vous / nous donne rendez-vous pour un prochain article qui, je pense, parlera du bébé d’après.

 

Pour notre Famille du Bonheur, pour cette merveilleuse fratrie en devenir.

Julie, une maman, comme les autres.

27042020 - Photo article La grossesse d'après

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4 Réponses à “La grossesse d’après”

  1. Papours 28 avril 2020 à 13:13 #

    Tu sais tellement bien relater les évènements, et je pense que cela devrait faire l’objet de ton prochain livre.

  2. Mamange de Mini Loup 28 avril 2020 à 13:49 #

    Merci pour ton témoignage. Alors que nous ne lançons rien, ignorons encore si on aura la possibilité ou le courage de nous lancer, je me pose déjà un tas de questions. En revanche, ce que je connais déjà, c’est ta culpabilité de penser « trop » à Léo ou d’aimer déjà un autre enfant. Moi, c’est l’aînée qui est déjà là, mais la culpabilité est similaire. J’ai passé quasiment trois mois à me demander pourquoi diable j’étais si malheureuse alors que j’ai un enfant bien vivant auquel me raccrocher. La raison en est simple: chaque enfant est unique. Chaque relation aussi. Tu penseras toujours à Léo parce qu’il était/est lui. Et tu aimes déjà petit Croco car c’est un autre enfant. Et je pense que tu en as pour la vie à jongler avec cette difficile dualité. Je l’écrivais sur IG ce matin: être maman d’enfants séparés est un travail de funambule. Beau et délicat. Longue et belle vie à ce petit Croco plein de jolies couleurs. Il aura la chance de naître avec un grand frère astonaute qui veille sagement sur lui.

    • L'Etoile Léo 30 avril 2020 à 17:29 #

      Un grand merci pour ce message. J’aime l’idée de la maman funambule, je disais moi-même souvent équilibriste. Savoir vivre entre deux mondes. Je t’embrasse.

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