Le bébé d’après

20 mai

Il est né il y a onze jours, il remplit nos journées de bonheur et d’amour, il a un grand frère astronaute dans les étoiles alors que lui est un petit croco qui a les pieds sur terre, il s’appelle Lohan.

En arrivant à la maternité ce vendredi 8 mai, j’étais angoissée et préoccupée. Cela faisait plusieurs jours que plus le terme approchait, plus mon corps se bloquait. Presque membre par membre. Les symptômes de fin de grossesse, certes, mais aussi l’appréhension de ce déferlement d’émotions qui allait se déployer avec force, j’en étais persuadée. La rencontre avec notre second fils allait arriver d’ici quelques heures, j’ai alors été admise, sans Charles. On s’est dit au revoir sur un parking. Coup dur. Je me suis retrouvée, seule, dans ma chambre à attendre. C’est long d’attendre. Puis j’ai pris mon ventre dans mes bras, si tant est que cela fut possible, je me suis mise à pleurer et j’ai expliqué à mon bébé que c’était dur d’imaginer le mettre au monde sachant que Léo l’avait quitté justement. Voilà, les mots sortaient, enfin. Léo avait quitté notre monde et Lohan allait tout bientôt y pousser son premier cri. Je me devais d’être honnête avec lui et cela m’a apaisée. C’était moins long d’attendre.

Dans la nuit, les contractions s’intensifiaient et je puisais toutes mes forces et ma concentration dans l’amour pour ma petite famille. Et puis, finalement, je n’étais pas seule. L’équipe médicale qui m’entourait était formidable et au courant de notre situation. On en a d’ailleurs beaucoup parlé.

5h du matin ; péridurale posée, non sans mal, Charles de retour à mes côtés, j’étais prête. Lohan pouvait arriver, j’étais prête, on l’était. J’étais rassurée car je ressentais que tout allait être différent de mon accouchement pour Léo et tant mieux, les deux frères se distinguaient déjà. Quelques poussées plus tard, au rythme de nos musiques, sous les lumières tamisées, avec les encouragements de mon mari, de la sage-femme et de l’auxiliaire de puériculture, j’attrapais mon fils pour le poser tout contre moi. Je pleurais de joie et je riais aux larmes. Il était là, enfin là, avec un point commun cette fois avec Léo : l’évidence de notre rencontre.

Mes fils, ma vie.

Après deux mois de confinement, sans un suivi normal de grossesse où j’ai dû assister seule à la dernière échographie, avec de grosses interrogations quant au déroulé du jour J et de la suites de couches, Lohan, Charles et moi avons passé un séjour rien qu’entre nous à la maternité et cela nous a, finalement, fait le plus grand bien. Notre premier cocon avant de retrouver notre maison.

Au matin du deuxième jour de vie de ce Petit Monsieur, je me suis réveillée et je l’ai longtemps observé (comme toutes les mamans, je pourrai y passer des heures). Une sensation étrange mais agréable apparut sans que je ne sache vraiment mettre des mots dessus dans l’immédiat. Et puis cela devenait de plus en plus clair dans mes pensées : Lohan allait être toute notre vie à nos côtés. Il n’y aura pas de date de fin car cela ne se passera pas comme avec Léo. Je réalisais que les premières heures, les premiers jours, je les vivais comme s’ils étaient comptés. Le traumatisme de la perte de Léo fait partie intégrante de ma vie et de mon être mais je veux faire barrage aux conséquences. Et même si cela ne sera pas tous les jours faciles, même si j’arrive à être sereine par rapport à la Mort Inattendue du Nourrisson mais angoissée par tout le reste et inversement, même si être parent c’est quelque part, ne plus jamais être tranquille d’esprit, je suis heureuse et amoureuse du troisième homme de ma vie, de notre bébé bonheur et je lui ai promis de prendre soin de lui mais aussi de ne pas être trop sur lui. Il n’a pas à payer mes angoisses liées au décès de son grand frère et Léo ne doit pas se sentir responsable de ce que peut parfois ressentir sa maman.

Nombreuses sont les personnes qui m’ont demandé comment nous allions après la naissance de Lohan et je les remercie d’oser poser la question. Ma réponse est à l’image de cet article : longue et encore confuse. Mais je peux quand même dire avec certitude que l’on va bien, que l’on est vigilant quant à nos émotions et nos réactions et que les presque neuf mois de grossesse n’ont pas été de trop pour se préparer à ce merveilleux bouleversement. Parce que oui, c’est un bouleversement comme chaque naissance mais peut-être et sûrement encore plus après la perte d’un enfant. Tout nous paraît si fragile mais paradoxalement on se sent invincible. Il faut juste un petit temps d’adaptation voir de réflexion pour que, encore une fois, chacun puisse trouver sa place.

Après la perte de Léo, il a fallu réapprendre à vivre à deux entre deux mondes. Depuis le 9 mai, nous rééquilibrons les choses, entre ciel et terre, à quatre (et même cinq avec notre Oscar de chien). Léo n’est pas Lohan et Lohan n’est pas Léo. Nous avons deux fils, nous sommes parents de deux enfants et nous comptons bien savourer chaque précieuse seconde de ce rôle que nous aimons tant.

Photo article Le Bébé d'après

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14 Réponses à “Le bébé d’après”

  1. Mélanie 20 mai 2020 à 16:10 #

    Encore une fois toutes mes félicitations.. Bienvenue lohan…
    Je n’ai pas encore accouché que je me retrouve tellement dans cet article si tendre remplis, d’émotions que j’en ai les larmes aux yeux..

    Soyez heureux avec beaucoup de courage, d’amour rempli d’étoile de Léo

    • L'Etoile Léo 16 août 2020 à 18:42 #

      Avec du retard, merci infiniment pour ce message et belle continuation :)

  2. Célia 20 mai 2020 à 16:23 #

    J’ai du mal à te lire sans pleurer tellement je suis émue par tes mots… Merci Julie de partager tes émotions avec nous…
    Encore bienvenue Lohan et merci Léo d’avoir si bien veillé…
    Je vous embrasse fort tous les 4 ainsi qu’Oscar <3

    • L'Etoile Léo 16 août 2020 à 18:42 #

      Merci beaucoup pour ce message (lu avec du retard, je m’en excuse) :)

  3. Martine 20 mai 2020 à 16:41 #

    Bienvenue Lohan et tout mes vœux de bonheur à ta petite famille chère Julie

  4. Mamange de Mini Loup 20 mai 2020 à 16:58 #

    Ton article est beau et, à vrai dire, conforme à ce que j’imagine si un jour nous avons le courage de faire de Roman un grand frère… Ambivalence, voilà le mot qui me venait et j’ai l’impression que c’est celui que tu vis. Bonheur d’avoir ce petit bonhomme près de vous et manque de son grand frère. Petit nuage lié à sa présence et fond d’angoisses liées à votre passé. Amour, douleur, confiance, crainte, comme tu le dis, cette naissance est encore plus bouleversante car elle vous demande un contrôle sur vos émotions. Mais j’ai confiance, en vous, en vos fils, en votre vie.

  5. Julie Sabourault 21 mai 2020 à 09:02 #

    Un grand merci pour ces mots pleins d amours et d espoir.

  6. Sandrine 24 mai 2020 à 18:21 #

    Plaisir de lire cette merveilleuse nouvelle. Félicitations à vous et bienvenue à Lohan. Soyez heureux à 5 et que le bonheur vous accompagne

  7. Labrune Modeste 30 mai 2020 à 17:21 #

    Bonjour, je me permets de vous laisser un petit message déjà félicitations pour la naissance de votre deuxième petit garçon, je vous souhaite tout le bonheur possible et inimaginable. Je devais vous rencontrer à Vernon pour la dédicace de votre livre ( ce n’est que partie remise) je voulais vous féliciter pour votre courage et votre combat au jour le jour avec votre époux et votre tribu, vous êtes un exemple d’une force interstellaire poussée par cette étoile par ce petit bonhomme parti beaucoup trop tôt Léo. Votre livre m’a bouleversé mais m’a aussi transmis votre force et votre courage et pour ça merci mais si je n’ai pas vécu la même chose. Je vous embrasse fort soyez heureux tous les 5 et en regardant les étoiles le soir pour communiquer avec mon papa et mon neveu maintenant j’ai une nouvelle étoile à embrasser Léo ❤️❤️❤️

    • L'Etoile Léo 16 août 2020 à 18:39 #

      Merci beaucoup Jennifer, je suis extrêmement touchée par votre message.

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