Le grand petit frère

22 sept

Aujourd’hui, Lohan a exactement quatre mois et treize jours. Il s’agit d’un âge d’un jour pour lui mais de l’âge de toujours pour Léo.

J’étais loin de me douter de la puissance et l’importance de cette étape.

Dans un premier temps, elle me faisait peur pour Lohan, peur d’une malédiction en ce jour, peur de ne pas l’atteindre, peur de ne pas réussir à protéger, de nouveau, mon enfant au-delà de cette date. C’était totalement irrationnel, je le sais, on le sait. C’était ainsi. C’est ainsi. Mais Lohan nous prouve à chaque instant qu’il est bien présent, il se fait entendre et comprendre, il communique, il nous fait des sourires en continu, il nous fait rire, il nous fait vivre. Il évolue à une vitesse folle comme s’il avait compris que nous avions besoin d’arriver rapidement aux autres âges que nous ne connaissons pas encore en tant que parents. Et puis il se démarque pour nous montrer qu’il est l’unique version de lui-même avec sa personnalité, son caractère, son physique, et que par conclusion, la foudre ne peut pas frapper deux fois au même endroit. Notre endroit est bien sécurisé à présent.

Dans un second temps, ce cap appuie fort sur cette plaie ouverte qui nous rappelle constamment que nous possédons seulement ces quatre mois et treize jours de souvenirs avec Léo. J’aimais pouvoir parler de mes fils aux mêmes âges, comme le font toutes les mamans. A partir de maintenant, je ne peux plus. Ils n’auront plus jamais le même âge.

Et heureusement.

Aujourd’hui, une vie entière s’offre à nous auprès de Lohan mais surtout une vie entière s’offre à lui.

Dorénavant, chaque seconde est une nouvelle découverte qui mêle excitation d’une vie normale avec l’un de ses enfants et aussi tristesse de celle qu’on ne vivra jamais avec l’autre. Chacune est, malgré tout et plus fort que tout, une revanche sur la mort ; du passage en taille 4 des couches pour Lohan qui aura fait couler une de mes larmes, Léo s’étant arrêté à la 3, aux commandes frénétiques d’habits en tailles que Léo ne portera jamais, comme pour conjurer le mauvais sort.

En somme, encore cette dualité de sentiments, ce balancement tantôt bonheur, tantôt douleur. L’ambivalence est le fil conducteur de nos émotions : l’étape de l’âge anniversaire de l’aîné n’en fait pas exception.

Depuis le décès de Léo, j’ai l’impression d’avoir eu plusieurs vies, tellement le chemin du deuil est infiniment long et jonché d’obstacles. Depuis le décès de Léo, j’ai eu le besoin d’avoir plusieurs vies, car une seule ne suffisait pas pour apprendre à vivre sans lui.

Mais aujourd’hui, j’ai décidé de rester dans celle-ci, celle qui fait de moi la maman de deux merveilleux petits garçons. L’un aux yeux marron foncé, l’autre aux yeux bleu clair. L’un a la peau mate, l’autre à la peau claire. L’un petit astronaute de ma vie, l’autre petit croco de mon cœur. Avec cette nouvelle particularité qui débute à l’instant même où je termine cet écrit : Léo est devenu le grand petit frère de Lohan.

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